02 mai 2007
Nattefrost Underneath the Nightsky 2007
Le bruit des vagues et de lointains chœurs spectraux introduisent un poème Scandinave, récitée par la voix suave de Ute Stemmann, ouvrant la route de Translogical Movements. Un mouvement séquentiel aux ailes métalliques qui s’entrecroisent sur leurs fins battements échotiques, donne un rythme ondulant auquel s’ajoute un synthé nasillard aux sonorités de cornemuse acidée. En parallèle, le synthé suit le tracé du séquenceur dans un univers analogue d’antan, rappelant les bruits continuels des années 70. Les modulations sont superbes et moulent un rythme qui devient plus agité, sur de faibles bouclés synthétiques et une belle thématique harmonieuse. C’est tout un virage que Bjorn Jeppesen entreprend sur ce 2ième opus de Nattefrost. Délaissant sa mythique sonorité nébuleuse, il fend l’atmosphère d’une sonorité plus agressive et offre un solide opus où harmonie se conjugue avec des rythmes puissants. Searching For A Distant Planet, Underneath The Nightsky et Intergalactic Journey concrétisent cette nouvelle approche avec des séquenceurs légèrement saccadés, sur des rythmes nerveux soutenus par de belles structures de basse et percussions et beaux solos, aux sonorités plus directes, qui se transforment en belles thématiques mélodieuses aux effets sonores très cosmiques.
Mais la force de Nattefrost demeure lorsqu’il exploite des titres plus longs, donnant libre cours à sa pensée grégorienne, à ses légendes Scandinaves, comme sur Observing Emotions. Un superbe titre au dénouement rapide où les rythmes statiques occupent d’emblée les premiers sillons avec un séquenceur redondant et ondulant. Les percussions métalliques sont souples et donnent une profondeur exquise à un titre qui vrille sur son axe, laissant un tempo lancinant grignoter notre vision. Chœurs discrets, vents d’Orion, synthé absent sur des boucles hypnotiques, notre cerveau est envahit d’une mélodie fondante issue d’une basse obsédante qui laisse sa place à une séquence synthétique aux accords gambadant sur les ondes réverbérarices placides et enveloppantes. La staticité fait place aux rapides séquences de Winterland. Un débit intense avec, en arrière scène, un synthé fluide qui appui le mouvement ondulant et mélodieux, fusant de beaux solos bouclés, enrichis par la guitare de Phil Molto. A Different View on Jupiter offre un tempo indécis avec une structure sautillante au groove léger, tout comme son approche synthétique très léger. The Pleasure Of Tranquility est une somptueuse ballade spatiale, ceinturée d’un beau synthé suave, aux souffles nasillards, et d’un mouvement séquentiel tournoyant. L’atmosphère est vaporeuse et feutrée, sur de belles cymbales tournoyantes. Un séquenceur saccadé étend son rythme nerveux en ouverture de The Magic Of Forgotten Times. Ses fines boucles d’Oracle tournoient. Envahissantes elles fusent d’effets sonores sur un synthé souple aux mouvances flottantes et moulantes. Une subtile modulation amène le tempo à un autre niveau où le synthé est plus grave sur un séquenceur tournoyant, aux effigies d’une guerre intergalactique qui se termine sur un mini solo de percussions vaporeuses. Comme un guetteur, le synthé rode avec une approche sournoise, remettant le séquenceur sur sa trace d’origine. Un très beau morceau qui s’étale à la grandeur de son titre.
Bjorn Jeppesen aurait pu se contenter d’exploiter la sonorité de son œuvre antérieur, Absorbed in Dreams and Yearning, qu’on l’aurait excuser, tant elle était exquise. Sur Underneath the Nightsky, il s’aventure sur de nouveaux sentiers, avec toute l’audace et le mythisme des charmes scandinaves, résultant en un superbe album. Bien construit et, surtout fort mélodieux sur des séquences et des rythmes bouillants qui étonnent et entoure une salle d’écoute d’un perpétuel roulement sonore à la fois intense et subtilement mélodieux. Un must.
1 Translogical Movements 9:14
2 Searching For A Distant Planet 4:31
3 Underneath The Nightsky 5:02
4 Observing Emotions 9:17
5 Winterland 7:03
6 A Different View On Jupiter 6:18
7 Intergalactic Journey 4:59
8 The Pleasure Of Tranquility 5:58
9 The Magic Of Forgotten Times 6:04
08 février 2007
Alien Nature Anna
Reconnu pour faire une musique sombre, Alien Nature étonne sur ce nouvel opus. Dédié à sa fille Anna, Wolfgang Barkowski nous livre un album illuminé, d’une exquise tendresse. Certes l’aspect sombre y est présent, mais ne domine pas. Juste ce qu’il faut pour attirer, pour intriguer. Le reste? Un superbe festin sonore où la mélodie semble aussi douce qu’une peau de bébé.
Un piano traverse une onde d’effets sonores aquaspatial pour enrouler sa mélodie avec un doigté nostalgique. Une ouverture gracieuse pour Theme for Anna avant qu’un séquenceur vienne bousculer cet équilibre fragile avec une ligne hachurée qui vrille avec lourdeur. Les synthétiseurs survolent cette pièce d’introduction avec de beaux solos qui arrivent de toute part sur un rythme nerveux, interrompu par de courtes escapades de piano. À haut niveau, l’effet est jouissif, surtout lorsque les synthés tombent pour envelopper Theme for Anna. Les solos de synthé sont beaux et fluides sur une séquence est lourde qui frappe avec force. Tout a fait exquis. Crystal Voyager est tout particulièrement réussi. Une séquence tourne avec des notes sautillantes, sur une pulsation séquencée. Le mouvement est ambivalent, cherchant plus à exploiter ses sonorités et à créer des fusions sonores, Crystal Voyager ne décolle vraiment pas. C’est plutôt un titre statique qui module de courtes et belles mélodies sur un rythme irrégulier. Un beau titre. Day-Dreaming continue avec les séquenceurs ondulants et lourds. Cette fois-ci, le rythme est soutenu parmi des effets sonores, tant vocaux que bruyants. L’atmosphère est somptueusement fluide avec un synthé aux strates moulantes aux solos bouclés. Un beau morceau qui baisse de tonalité en progressant vers la finale.
Plus délicat, Endolphine tourne sur de beaux accords de piano/guitare sur un mouvement rotatoire agrémenté de petites clochettes tibétaines. L’impulsion évolue sur de beaux tablas, transporté par des strates violonées avec un souffle du Moyen Orient. Un coup de batterie donne le signal d’une rotation plus fluide et mordante, comme un boléro qui vrille sur son axe. Des chœurs flottent sur un clavier minimaliste, aux nappes consistantes qui donnent naissance à des mouvements plus articulés dominés par un clavier hypnotique. Endolphine est le genre de titre qui accroche autant par son côté mélodieux que l’ingéniosité de sa structure. Night-Watching défile une ambiance teintée de suspense, de drame avec une impulsion plus sombre sur une structure parallèle à Endolphine. Sauf que son mouvement est moins animé et est constamment ralentit par des pulsations qui résonnent parmi des effets de percussions aux tintements légers. Where The Dead Bees Fly est une féerie musicale enchanteresse. Un sublime morceau d’une renversante douceur arabesque aux sonorités de liberté et d’innocence juvénile. Un peu comme Baffo Banfi, le synthé est charmeur et circule entre des percussions feutrées, ajoutant une profondeur soyeuse à cette étrange ballerine qui accélère sa rotation en symbiose avec sa progression. Her Smile termine ce brillant opus sur de sombres envolées d’un orgue aux amples modulations, sous une pluie fine.
Ouf! Anna est tout un cd, un incontournable comme on dit. Un album d’atmosphère et d’émotion où Alien Nature tisse ses éléments musicaux au travers différents effets sonores et des impulsions rotatives qui envoûtent et étonnent, de titres en titres. Un album sans failles, farcis de tendresse et de beauté, qui nous envahit dès les premières notes, jusqu’à la toute dernière. Le genre de cd que l’on ré écoute, juste pour être certains qu’il soit tant que ça!
1 Theme For Anna 10:53
2 Crystal Voyager 9:19
3 Day-Dreaming 10:47
4 Endolphine 8:31
5 Night-Watching 7:58
6 Where The Dead Bees Fly 7:18
7 Her Smile 6:06